Un couple socle ouvert sur le monde
Mathilde et Maxime forment ce qu'ils appellent un « couple socle ». Ils vivent ensemble, sont fiancés et prévoient de se marier. Mais contrairement aux couples traditionnels, leur engagement n'inclut pas la monogamie sexuelle ou amoureuse.
« Pour moi, le polyamour c'est la capacité d'aimer d'autres personnes en plus de son partenaire socle, mais c'est surtout avoir du respect et de l'attention pour tout le monde à parts égales », explique Mathilde.
Actuellement, Mathilde a deux autres partenaires (Divine et Jonathan), tandis que Maxime en a un. Tous se connaissent, se voient régulièrement, et certains moments se vivent même à plusieurs.
Une rencontre coup de foudre
Leur histoire commence sur une application de rencontre. Maxime envoie un message à Mathilde sur Instagram : « Je ne veux pas te déranger, excuse-moi si c'est le cas. Je te trouve juste très belle et solaire, j'aimerais discuter avec toi. »
Le courant passe immédiatement. Dès le premier rendez-vous, ils se sentent incroyablement à l'aise ensemble. « On n'a pas arrêté de parler depuis le moment où on s'est rencontrés », confie Maxime.
Et dès ce premier soir, ils posent les bases de leur relation : « Je lui dis que je n'ai pas envie qu'il me trompe dans mes sentiments, mais sexuellement, je m'en fous. Tu es libre. »
Du couple monogame au polyamour
Leur parcours n'a pas été linéaire. Après quelques mois ensemble, leur premier couple a « battu de l'aile » quand Mathilde a traversé une dépression liée à son trouble borderline. « On s'aimait trop pour une seule personne et ça nous a submergés », explique-t-elle.
Ils se séparent pendant trois semaines, chacun faisant le point de son côté. Quand ils décident de se remettre ensemble, ils mettent immédiatement le polyamour en place.
« On s'est rendu compte qu'on avait beaucoup trop d'amour à donner pour une personne. Pour nous, c'était plus sain et plus safe de le vivre ainsi. »
Le vocabulaire du polyamour
Au fil de l'interview, Mathilde et Maxime introduisent plusieurs concepts propres à la communauté polyamoureuse :
Le couple socle
La relation principale, celle qui structure leur vie quotidienne. Autour de ce socle gravitent d'autres relations, comme « des petites branches sur un arbre ».
Poly-acceptant
Une personne qui n'est pas elle-même polyamoureuse, mais qui accepte que son partenaire le soit. C'est le cas du mari de Divine, l'une des partenaires de Mathilde.
La compersion
Le sentiment de joie éprouvé quand son partenaire vit du bonheur avec quelqu'un d'autre. « C'est l'inverse de la jalousie », précise Maxime.
Une communication sans faille
La clé de leur relation ? Une communication totale et honnête.
« Tant qu'on ne fait pas de mensonge et qu'on ne ment pas par omission, il n'y a pas de souci », affirme Maxime. Ils se racontent leurs rendez-vous, partagent leurs expériences intimes, et s'assurent que tous leurs partenaires se rencontrent.
« J'aime bien que tout le monde s'entende avec tout le monde », ajoute Maxime. Leur Saint-Valentin 2025 ? Ils l'ont célébrée à quatre, avec Ophélie et Nathan, les autres partenaires de Mathilde.
Fiançailles et mariage : fidèles à leurs principes
Maxime a demandé Mathilde en mariage le jour de son anniversaire. Une demande traditionnelle pour un couple qui ne l'est pas.
« Le mariage, normalement on se promet fidélité, mais ensemble on est fidèle », souligne Mathilde. « On est fidèle à nos principes et à nous-mêmes. »
Pour eux, le mariage n'est pas une question de papiers ou d'exclusivité, mais de célébrer leur amour avec tous ceux qui comptent pour eux - famille, amis ET partenaires.
Les défis du polyamour
Mathilde avoue avoir lutté au début avec sa peur de l'abandon : « Les premiers mois en polyamour, il y a eu beaucoup de discussions pour me rassurer. Je savais que c'était ce qu'il me fallait, mais aller à l'encontre des normes de la société, c'est très perturbant. »
Il leur a fallu 4 à 5 mois pour trouver leur équilibre. Aujourd'hui, « ça coule de source ».
Concernant la jalousie, leur approche est philosophique : « Quand on est jaloux de quelqu'un, ça veut dire qu'on n'est pas heureux de sa propre vie », analyse Mathilde.
Les « Je t'aime » au pluriel
Question délicate posée par Sophie Davant : disent-ils « Je t'aime » à leurs autres partenaires ?
« Oui, évidemment », répond Mathilde sans hésiter. « J'aime profondément mes deux partenaires. Je suis vraiment amoureuse de ces deux hommes qui me font rire, sourire et qui me font sentir aimée. »
Pour Maxime, c'est simple : « C'est comme en amitié, on a le droit à plusieurs amis. Pourquoi, en amour, devrait-on se cantonner à une seule personne ? »
Santé sexuelle et responsabilité
Avec plusieurs partenaires, la question de la santé sexuelle est primordiale. Le couple se fait dépister « quasiment tous les mois ».
« Si la personne ne veut pas faire d'examen ou ne veut pas montrer ses examens, soit on ne se voit pas, soit c'est préservatif obligatoire », explique Maxime.
Pas de comparaisons entre partenaires, mais au contraire, un enrichissement mutuel : « On se raconte nos expériences. Ça peut nous inspirer, ça nourrit notre relation. »
Et les enfants ?
Mathilde est catégorique : elle ne veut pas d'enfants biologiques. « Je n'ai pas du tout l'instinct maternel. »
Maxime, lui, adorerait être père. Que se passerait-il s'il avait un enfant avec une autre partenaire ?
« Ça ne me poserait aucun problème », assure Mathilde. « S'il peut s'offrir cette opportunité d'être papa avec quelqu'un d'autre, je serai très heureuse pour lui. »
Une vision qui bouscule les codes traditionnels, mais cohérente avec leur philosophie : permettre à chacun de vivre pleinement ses besoins affectifs.
Le message aux autres
Leur message pour ceux qui s'interrogent sur le polyamour ?
« Soyez heureux par vous-même d'abord », conseille Maxime. « Ensuite vous découvrirez que l'amour avec d'autres gens, ça peut être cool aussi. Mais avant tout, aimez-vous vous-même. »
Mathilde ajoute : « Si vous sentez que vous avez cette envie d'aimer plusieurs personnes, ce n'est pas une tare, ce n'est pas bizarre, ça existe. Nous sommes la preuve que ça marche. »
Respecter toutes les formes d'amour
Interrogés sur la monogamie, ils sont clairs : « Je respecte vraiment très fort les gens qui sont en couple monogame », affirme Mathilde. « C'est très beau, mais ce n'est pas pour moi. »
Pour eux, ni la monogamie ni le polyamour ne sont supérieurs. « Ce sont juste deux manières d'aimer différentes, et on doit respecter les deux. »
Conclusion : l'amour sans limites
Mathilde et Maxime nous offrent un témoignage rare et précieux sur le polyamour vécu au quotidien. Loin des clichés et des jugements, ils démontrent qu'il est possible d'aimer plusieurs personnes avec sincérité, respect et engagement.
Leur secret ? Communication, honnêteté et une profonde confiance en soi et en l'autre.
Comme le résume Maxime : « L'amour n'est pas un truc où tu fais un acte et c'est bon. C'est un travail qui se fait au quotidien, tous les jours, tout le temps. Tu dois reconquérir ton partenaire chaque jour. »
Cet article est basé sur l'interview réalisée par Sophie Davant dans son émission « Passionnément ». Pour respecter l'authenticité de leur témoignage, nous avons conservé leurs mots et expressions.